Compte-Rendu du Débat « Quatre idéologies, une assemblée constituante » organisé par Cahiers de la Liberté

Ce qui suit est un compte-rendu du débat « Quatre Idéologies, Une Assemblée Constituante » organisé par l’association les Cahiers de la Liberté entre Houcine Jaziri (représentant du Mouvement Ennahdha [Ennahdha »]), Fethi Belhaj (représentant du Mouvement du Peuple Unioniste Progressiste [MPUP]), Nadia Chaabane (représentante du Pôle Démocratique Moderniste [PôleDéMo]) et Houda Bostangi (représentante du parti Afek Tounes [Afek]).
Ce débat a eu lieu Samedi 8 octobre 2011 à la Maison des Association à Paris 15e.

Partie 1 : Débat animé par CDLL

1ère question : « Mandat de l’assemblée constituante: La déclaration du processus transitoire” Quel est l’avis de chaque parti concernant ce document?

[MPUP] Hommage aux martyrs de la révolution tunisienne.

Les élections de l’Assemblée Constituante constituent un moment historique important après des années de dictature, il s’agit là de réaliser notre véritable indépendance, la première ayant été volée par la dictature. Nous avons, cependant, quelques questionnements et inquiétudes concernant la constituante.

L’AC est une coupure avec l’ancien régime et les temps de la dictature. Attaque contre les partis destouriens/néo-RCDistes, alerte concernant à leur entrée dans l’AC.

L’AC a tous les pouvoirs et décide elle-même de ses prérogatives/sa durée. Nous ne reconnaissons donc pas cette « Déclaration du processus transitoire » qui n’a aucune signification pour une AC. Cela n’a aucune base légale. Comment limiter l’AC par une autorité illégitime (la HIRP)? Au MPUP, nous considérons qu’une année est suffisante mais nous ne signons pas ce document car il n’a aucune légitimité.

[PôleDéMo] Nous sommes une alliance de 4 partis (Ettajdid, Parti Socialiste de Gauche, La Voix du Centre et Parti Républicain), plus des initiatives citoyennes et des personnalités indépendantes. Ettajdid et PSG ont signé cette déclaration.

Pour nous, l’AC ne doit pas dépasser un an. De plus, un élu à l’AC ne doit pas faire partie du gouvernement transitoire pour éviter le cumul des mandats.

Il y a une nécessité d’établir un de code de fonctionnement au sein de l’AC et de désigner un gouvernement issu de la majorité (majorité potentiellement définie suite à des alliances). La situation en Tunisie fait que les citoyens ne veulent pas d’une AC à durée illimitée. Le gouvernement transitoire ne tire sa légitimité que de celle de l’AC, et ne doit pas durer trop longtemps.

Il ne faut pas jouer au jeu des égos des personnes et des partis.

[Ennahdha] Nous devons être fiers de cette période, de ce renouveau de la vie politique et des engagements des jeunes.

La situation est plus complexe que la théorie des programmes. L’essentiel est de construire la démocratie, une vraie république, de réaliser l’indépendance de la justice, de garantir des médias libres, et un gouvernement supervisé par le parlement. Le reste c’est des détails qu’on peut discuter selon le contexte et par étapes.

Le tunisien a été méprisé pendant longtemps. Aujourd’hui, nous pouvons choisir.

La déclaration du processus transitoire a une fonction pédagogique pour clarifier l’action politique pour la période à venir. Il y a une grande responsabilité à porter. Cette déclaration vise à améliorer les conditions de travail de l’AC, ce n’est qu’une proposition, mais l’essentiel est le vote.

Nos engagements à Ennahdha sont toujours tenus, et si nous ne les tenons pas, le peuple nous dira « Dégage ».

[Afek] Nous sommes pour les principes exposés dans ce document car c’est dangereux de laisser durer une période floue où les tunisiens ne savent pas dans quelle direction on va politiquement et économiquement.

Nous avons été les premiers à dire que l’AC ne doit pas durer plus de 6 mois (nous avons proposé un calendrier pour un référendum sur la constitution, des élections législatives et des élections présidentielles).

L’AC doit élire un président et un gouvernement transitoire, établir un code de fonctionnement au sein de l’AC et constituer des commissions spécialisées.

La déclaration du processus transitoire est une proposition pour clarifier le fonctionnement de l’AC. Certains partis le reconnaissent, d’autres pas, et les citoyens choisiront les partis dont les choix leur conviennent.

2ème question : « Mort des idéologies? »On assiste à une orientation générale de tous les partis vers le centre. Pourtant, vos partis sont associés à 4 idéologies différentes (islamisme, panarabisme, libéralisme et socialisme), ce qui aide à avoir plus de lisibilité de la scène politique tunisienne. Vous reconnaissez-vous dans ces idéologies ? Quelles divergences avez-vous avec elles ? Rapprochements par rapport aux partis présents?

[PôleDéMo] Nous sommes une coalition, donc c’est compliqué de se définir par rapport à une idéologie.

A l’approche des élections de l’AC, notre priorité est de défendre des valeurs et notre vision de la Tunisie. La notion de « Hadatha » que nous défendons n’est en réalité pas tout à fait traduisible par « Modernisme », mais se rapporte plutôt à la  »Hadatha » tunisienne dans son sens historique. Cette histoire s’étend sur plusieurs siècles, et la Tunisie a connu des avancées politiques et culturelles importantes (par exemple: Premier pays musulman à abolir l’esclavage, le travail de penseurs tels que Tahar Haddad et autres hommes de culture etc.).

Nous défendons en particulier l’égalité, la justice sociale et les libertés.

Nous nous inscrivons dans la continuité du travail des partis, mais pas dans le sens classique puisque nous proposons un projet alternatif tourné autour de valeurs.

Nous sommes la seule coalition à présenter 33 listes et donc à couvrir toutes les circonscriptions pour les élections. Si certains partis ou initiatives ont choisi de ne pas nous rejoindre ou de se retirer de cette coalition, c’est leur choix, mais la coalition a quand même réussi ce pari alors que personne ne pariait dessus. Nous avons placé l’intérêt du pays au dessus de nos intérêts séparés.

Concernant les partis présents aujourd’hui, nous sommes plus éloignés d’Ennahdha.

Afek sont plutôt proches de nous sur certaines valeurs, mais éloignés sur leurs conceptions économiques.

Par rapport au MPUP, nous sommes plus dans une vision universelle.

[Ennahdha] Les débats intellectuels et idéologiques nécessitent des institutions et des débats plus profonds.

Nous sommes contre le fait de se définir par rapport à une idéologie, mais nous pouvons avoir des références idéologiques.Nous sommes un peuple arabe et musulman, mais ouvert sur le reste du monde.

La Tunisie n’est pas une puissance économique, mais nous pouvons être une puissance civilisationnelle. Nous avons un projet citoyen avant tout.

Ennahdha est toujours obligée de préciser qu’elle n’est pas un parti islamiste et ne s’accapare pas le sujet religieux. Nous sommes contre la théocratie. L’islam n’est pas contraire à la démocratie et à la Hadatha. La Tunisie peut reconnaitre son histoire et sa base arabo-musulmane tout en construisant un avenir et une philosophie modernes.

Nous défendons en particulier la démocratie et la citoyenneté.

Nous ne voulons pas gouverner au nom de l’islam mais notre base idéologique est notre héritage arabo-musulman ouvert sur la modernité.

Concernant les partis présents aujourd’hui, Ennahdha est proche du MPUP. Mais nous sommes également proches des courants libéraux.

Nous sommes finalement pour une alliance avec tous pour la Tunisie: Alliance entre démocratie et citoyenneté, et une économie adaptée à un contexte mondial difficile.

En politique, tout est relatif et tout est proposition.

[Afek] Nous ne concevons pas le débat politique autour d’une idéologie mais autour d’un projet.

S’il faut se définir absolument, Afek est socio-libéral. Il y a un volet social dans notre programme, pour l’emploi, la revalorisation de l’éducation etc. Le libéralisme à l’excès peut être dangereux, mais nous croyons à la libre entreprise, l’état doit accompagner cela mais pas d’assistanat.

Par exemple notre projet de numérisation de l’état peut créer des emplois pour les ingénieurs et les informaticiens. Dans les régions, il y a des infrastructures à construire par l’état qui peuvent aider à développer l’emploi.

Concernant les partis présents aujourd’hui, nous sommes plus proches du Pôle DéMo dans les valeurs de Hadatha, et loin d’Ennahdha sur certaines orientations.

[MPUP] Notre idéologie s’inscrit dans le courant arabe, unioniste, nationaliste progressiste. Dans ce courant il y a des écoles baathistes, nationalistes etc.

Nous sommes pour une union maghrébine et arabe. Au lieu d’aller dans le sens de la mondialisation, il faut aller dans le sens de l’arabisation.

La nation arabe est naturellement unie, la preuve, la révolution tunisienne s’est propagée dans les pays arabes et pas ailleurs. Ce sont les dictatures qui créent la séparation, mais les peuples arabes souhaitent l’union.

Nous aimerions avoir une même nation arabe ouverte sur le monde, mais aujourd’hui nous demandons une union progressive basée sur la volonté des peuples.

Beaucoup de tunisiens ont appelé à la libération de la Palestine et à l’union arabe dans les manifestations. La démocratie et l’union entre les pays arabes peut notamment aider pour le marché de l’emploi et répondre aux revendications populaires. L’union arabe fait partie des demandes de la révolution.

Concernant les partis présents aujourd’hui, nous sommes proches d’Ennahdha même s’il y a des différences sur la compréhension de l’islam et de l’identité.

Nous sommes éloignés des partis qui soutiennent la normalisation avec l’Etat d’Israel (refus de nommer les partis en question).

3ème question : « Pour en finir avec le parti unique »

Quel type de régime et gardes-fous (autoritarisme pour le présidentiel, chaos pour le parlementaire, blocage pour le mixte) envisagez-vous? Comment consacrer la séparation des pouvoirs ?

[Ennahdha] Nous sommes pour un régime parlementaire. Nous ne sommes pas ennemi d’un régime présidentiel, les deux sont démocratiques, mais nous avons des demandes révolutionnaires qui ont exigé la chute du régime qui se trouve être présidentiel, dictatorial et corrompu.

Nous voulons un régime qui soit plus proche du contrôle du peuple. Nous voulons une union nationale au sein du gouvernement.

En Tunisie, il y a un million de cadres. Il faut tirer profit de leurs compétences tout en restant proche du peuple et de ses priorités.

Les élections vont permettre à l’opposition d’exister.

Nous ne pensons pas qu’il existe un risque d’instabilité du fait du choix d’un régime parlementaire. Cela garantit la démocratie dans beaucoup de pays modernes, et ça marche. Si on va vers un régime présidentiel, il y aura trop de luttes.

Nous discutons avec beaucoup d’interlocuteurs tels que le CPR, Ettakattol et certains indépendants.

Si un parti est majoritaire, nous considérons que ce parti doit constituer un gouvernement, mais si cela n’est pas possible on peut faire appel à constituer une coalition majoritaire.

[Afek] Notre vision est basée sur deux piliers: 1/Une constitution qui garantit les libertés, et 2/ la séparation des pouvoirs et des institutions solides.

Nous sommes pour un régime mixte: un parlement élu et un chef du gouvernement, et un président aux pouvoirs limités. Les mesures devront être cosignées par le président et le chef du gouvernement.

Nous sommes pour un système bicaméral: une assemblée régionale (basée sur une division du pays en 8 zones représentées dans cette assemblée), et un parlement. Nous voulons également une cour constitutionnelle.

Le principe du régime mixte est d’avoir un pouvoir et un contre-pouvoir.

[MPUP] Nous voulons un président (responsable de la défense, les affaires étrangères et la souveraineté de l’état) et un parlement (avec un gouvernement parmi la majorité parlementaire). Le régime que nous envisageons est proche du régime français.

Priorité au parlement qui peut démettre le président dans des conditions spécifiques, et spération entre les pouvoirs du parlement et ceux du président.

Système monocaméral –> Assemblée nationale

[PôleDéMo] Nous voulons un régime républicain démocratique qui consacre la souveraineté du peuple et la suprématie de la loi. Nous sommes pour un régime mixte avec un équilibre entre les pouvoirs du président et du parlement:

Un président élu pour un mandat renouvelable une seule fois avec un pouvoir exécutif, responsable de la constitutionnalité de la loi, de la souveraineté et de la continuité de l’état.

Un parlement élu, avec un pouvoir législatif.

Mécanismes participatifs: par exemple nous avons proposé qu’une pétition signée par 100.000 personnes avec une proposition de loi doit être étudiée par le parlement. Nous sommes pour la voie référendaire.

Le système que nous proposons est proche de celui du Portugal.

Nous sommes également pour une cour constitutionnelle.

Il faut concrétiser la séparation des pouvoirs, ainsi que l’indépendance et autonomie de la justice avec des mécanismes qui garantissent cela, notamment une Instance Supérieures des juges élue parmi eux, et la garantie de la neutralité de l’administration.

Nous avons également besoin dans l’immédiat d’une justice transitionnelle pour mettre fin au simulacre de justice auquel nous assistons depuis le 14 janvier.

4ème question : « Libertés »
Quelles mesures constitutionnelles pour garantir et promouvoir les libertés ? Et quelles sont les limites à cette liberté ? Quelle est votre position par rapport aux conventions internationales contre les discriminations et pour les libertés?

[Afek] Pour les libertés individuelles, il faut garantir la protection de la dignité humaine via l’accès à l’emploi, la santé, l’éducation et le logement. Pour les libertés collectives, nous sommes pour l’égalité totale entre tous les citoyens, notamment Homme/Femme mais nous avons un socle culturel commun arabo-musulman et d’autres composantes identitaires. Nous proposons donc que le régime matrimonial puisse inclure la question de l’héritage, et ce sera aux couples de décider de ce qu’ils souhaitent appliquer pour leurs enfants. Par ailleurs, l’état pourra, via le tissu associatif, sensibiliser la société à la question de l’égalité pour faire face aux pressions sociales.

[MPUP] Nous défendons la liberté d’expression, d’organisation, de manifestation. Il faut défendre la liberté des individus tant que cela respecte la liberté des autres. Tout ce qui touche aux valeurs culturelles du pays peut être une limite, explication: L’état ne doit pas empêcher la production d’un film par exemple, mais si le propos touche aux valeurs du pays, il ne doit pas participer à son financement. Il faut faire attention aux parties étrangères qui financent des évènements et des productions qui touchent à l’identité tunisienne. C’est au peuple de décider si nous devons signer les conventions internationales ou pas, pourquoi pas via référendum. Ce n’est pas aux intellectuels de décider.

[PôleDéMo] Toutes les libertés sont à défendre, il n’y a pas de hiérarchie à établir, et elles sont non négociables. Il faut garantir la liberté d’expression et d’accès à l’information, la liberté de conscience, la liberté d’opinion, de culte etc. et ces libertés doivent être les mêmes pour tous.

Il y a des partis qui jouent sur la question de l’identité alors qu’en Tunisie il n’y a pas de problème d’identité. Le peuple tunisien est le résultat d’un brassage culturel et civilisationnel et a 3000 ans d’histoire. Pendant plus de 50 ans, on a décidé pour nous. Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’exercer notre libre arbitre. Certains parlent encore de censure. Nous refusons cette mise sous tutelle des tunisiens.

La liberté de l’individu s’arrête ou commence celle de l’autre, et c’est la seule limite qui puisse exister. Nous devons bâtir une Tunisie plurielle pour mettre fin à l’unicité. Il faut montrer notre capacité à vivre dans la diversité.

Les conventions internationales sont pour nous à caractère obligatoire.

Concernant l’article 1, nous proposons un consensus avec une reformulation. Nous reprenons l’article 1 en l’adossant à deux autres articles pour garantir la liberté de conscience et la séparation entre la sphère politique et la sphère religieuse. La source du droit ne peut être la religion qui est de l’ordre de la foi et est propre à l’individu.

[Ennahdha] Les libertés individuelles et collectives doivent être garanties constitutionnellement. Cependant, nous considérons que le peuple tunisien a ses règles et son socle historico-culturel. C’est le contexte qui impose ces règles, pas nous.

Pour les conventions pour les libertés, nous sommes pour. Par contre nous ne pouvons pas être pour certaines conventions qui imposent par exemple la normalisation avec l’état d’Israel.

Concernant le CEDAW (Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes) nous sommes prêts à discuter de cela, mais notre peuple est centré sur le noyau familial. Nous avons comme héritage une jurisprudence qui impose aujourd’hui une spécificité tunisienne à laquelle nous tenons. Nous adoptons les règles culturelles, nous n’importons pas nos règles d’ailleurs.

(en réponse à une relance par un des animateurs des CDLL concernant le programme d’Ennahdha sur la question des association): Nous nions avoir fait référence aux « أخلاق » dans notre projet.

(Note des Cahiers de la Libertés: notre relance était en référence au point 45 du programme d’Ennahdha:

Partie 2 : Débat avec le public

Question 1: Quelle utilité pour un parti comme le MPUP? On parle d’union du monde arabe, or ce qui nous concerne c’est la Tunisie et la constituante.

[MPUP] Nous retrouvons là cette tendance à exclure qui sévit depuis 60 ans, nous l’avons subie sous la dictature, depuis 1987 où nous avons été brimés avec PCOT par le régime. Ceci nous donne le droit d’exister et beaucoup de tunisiens soutiennent ce courant.

Ce qui arrive en Libye ou en Algérie a un impact sur ce qui se passe en Tunisie. La révolution se propage dans les pays arabes. Les problèmes de l’emploi et les problèmes sociaux peuvent être résolus par l’union et l’ouverture sur les pays arabes. Et nous sommes encore une fois contre la normalisation avec Israel.

Question 2: Pourquoi Ennahdha ressent la nécessité de parler de la famille quand on parle d’égalité Homme/Femme? Y a-t-il une contradiction?

Question 3: Le discours public d’Ennahdha est parfait, mais sur le terrain le comportement et la présence de la religion dans le discours tenu peut faire peur. De nombreux témoignages parlent de la présence de wahhabites saoudiens lors de certaines rencontres.

[Ennahdha] Nous sommes d’accord sur le principe de l’égalité Homme/Femme et nous valorisons l’importance de la femme dans la société tunisienne. Les femmes d’Ennahdha ont été exclues, harcelées, torturées, agressées. Que les femmes portent le voile ou pas, c’est leur choix et elles sont libres de le faire ou pas.

Mais nous ne pouvons pas occulter certaines réalités et certains problèmes. En Tunisie il y a 60% de cas de divorce. 50% des jeunes n’arrivent pas à se marier. Si nous mettons de côté une certaine élite qui ne représente qu’une poignée d’individus, plus de 90% des femmes tunisiennes restent chez elles et n’ont pas accès au travail du fait de leurs obligations et des difficultés qu’elles ont. Il y a également un retard important dans l’âge du mariage pour les femmes, surtout quand elles décident de faire carrière. Avoir des enfants après l’âge de 30 ans est problématique. Il faut aider les femmes à avoir des enfants tout en ayant accès à l’éducation et à l’emploi. Cela fait partie de notre projet culturel, social et politique.

Sur la question des meetings, il s’agit d’informations fausses. Nous rappelons que Rached Ghannouchi est interdit d’entrée sur le territoire saoudien. Nous ne sommes pas financés par des parties étrangères, chose que ne peuvent pas dire d’autres partis.

Nous ne voulons pas rentrer dans ces débats, nous avons un projet politique. Nos réunions publiques ne connaissent pas ce que vous dites. Ennahdha est tunisienne à 100%.

[PôleDéMo] Il y a là une insulte à toutes les femmes tunisiennes. Les femmes ne restent pas chez elles, elles travaillent, y compris dans les régions, ce sont les femmes que l’on voit travailler dans les champs. La femme tunisienne n’est pas limitée à son rôle de reproduction. Certains instrumentalisent ces questions pour le pouvoir, mais ne pensent pas à l’intérêt des citoyens.

Si la femme se marie plus tard, où est le problème? Les femmes aussi ont le droit de faire des études longues et de commencer une carrière avant de construire une famille, et elles sont tout à fait capables de concilier les deux. Et s’il y a des difficultés, la famille n’est pas exclusive aux femmes, c’est aussi aux hommes de participer au maintien du foyer et d’aider tous les jours pour toutes les tâches.

L’égalité citoyenne doit se faire maintenant, jusqu’à quand va-t-on attendre?

[Ennahdha] Je connais la difficulté de construire une famille. Il faut des privilèges particuliers à la famille, cela n’a rien à voir avec l’égalité Homme/Femme.

Question 4: Que pensez-vous de Persepolis et de la réaction qui a suivi sa diffusion sur Nessma?

Question 5: Il y a beaucoup d’atteintes aux droits de l’homme depuis le 14 janvier, des agressions, une contre-révolution. Où sont les réactions des partis?

De plus, on a le sentiment que Béji Caid Essebsi prépare son annonce de rester après le 23/10, comment pouvez-vous cautionner cela?

Un représentant d’Ennahdha a dit sur un plateau télé « لن نحلل ما حرمه الله و لن نحرم ما حلله الله ». Quelle interprétation peut-on avoir d’une telle déclaration alors que vous parlez ici de libertés? Ne peut-on pas craindre par exemple que demain quelqu’un décide que le voile est obligatoire et l’impose aux femmes?

[Afek] Oui je connais Persepolis.

Pour Béji Caid Essebsi, nous n’avons pas soutenu le fait qu’il reste. Nous rappelons, que nous avons proposé un calendrier clair pour la période transitoire qui ne doit pas durer.

[MPUP] Je n’ai pas vu Persepolis, je ne regarde pas Nessma.

Nous avons refusé de rejoindre la HIRP et tout accord avec le gouvernement illégitime. Il faut s’opposer fermement au vol de la révolution. Nous nous étonnons par ailleurs des changements de position d’un parti comme Ennahdha qui décide rejoindre la HIRP pour après en sortir, accepte certains accords et pas d’autres.

[PôleDéMo] Pour Persepolis, je n’ai pas vu le film, mais j’ai lu les BD dès leur publication. C’est une oeuvre artistique très intéressante et d’une grande qualité artistique, après, chacun peut l’apprécier comme il l’entend.

Il y a effectivement des atteintes aux droits de l’homme et des simulacres de procès. Nous avons continuellement publié des communiqués de presse pour condamner ces pratiques et les partis qui le composent ont souvent fait de même dans leurs communications et dans les journaux, notamment le parti Ettajdid qui a réagi de nombreuses fois dans son journal Attariq Aljadid sur ces questions.

Concernant la volonté ou pas de Béji Caid Essebsi de rester après les élections, je pense avoir répondu dès le début de cette rencontre puisque j’ai expliqué la position du Pôle: c’est à la majorité dans l’AC de désigner le gouvernement, donc Béji Caid Essebsi n’a pas sa place dans le processus. Ce scénario n’a aucune légitimité ni aucune réalité dans le contexte de l’assemblée constituante.

[Ennahdha] Persepolis est une oeuvre originale, intelligente, qui parle du contexte iranien, des libertés et du militantisme. C’est de l’art et nous n’avons pas à intervenir dedans, les artistes font ce qu’ils veulent.

Cependant, il s’agit d’un film choc pour les tunisiens, notamment sur le sujet des relations sexuelles. Pour une famille tunisienne et les jeunes tunisiens, il y a des idées choc auxquelles je n’adhère pas.

Ce qui est grave, c’est l’instrumentalisation qui en est faite. Il n’y a pas de confiance dans le peuple tunisien, une tentative de manipulation, alors qu’il ne s’agit que d’un film. Les intellectuels et les politiciens jouent à un jeu contre Ennahdha. Si on demandait au cinéaste qui a réalisé le film, il vous dirait qu’il n’a pas fait ce film contre Ennahdha et peut être qu’après discussion il voterait pour Ennahdha aussi.

Concernant la citation   »لن نحلل ما حرمه الله و لن نحرم ما حلله الله  » c’est juste une expression qui existe dans le jargon tunisien. Mais nous ne décidons pas de ce qui est permis ou pas dans la religion.

Concernant Béji Caid Essebsi, nous voulons que l’après 23/10 se passe dans le calme, le consensus et nous allons accepter les résultats quels qu’ils soient. Le comportement de Béji Caid Essebsi (notamment sa récente visite aux USA) n’est pas compréhensible. Cela aurait dû être fait après les élections. Il faut qu’il y ait une alternance, et un changement des acteurs de la scène politique.

(Bloc de questions posées à un ou plusieurs intervenants)

Question 6: Comment comptez-vous garantir les droits des minorités?

Question 7: La liberté est-elle un résultat d’une évolution de la société ou une importation de cultures libérales et capitalistes? Quelle est votre position concernant le voile/le niqab?

Question 8: A Ennahdha, vous parlez de démocratie alors que sur le terrain on voit à certains endroits que les affiches de tous les partis sauf celles d’Ennahdha sont déchirées. Si ce sont des actes isolés, comment comptez-vous agir pour contrôler votre base?

Question 9: Au MPUP, comment pouvez-vous baser votre programme sur l’arabité?

Question 10: Quelle votre position sur la question de la normalisation avec Israel? Que pensez-vous de l’ingérence étrangère?

[MPUP] Notre arabité est historico-culturelle et sociale et n’est pas basée sur des différences raciales, ethniques etc. Les minorités en Tunisie sont parfaitement intégrées dans la société, nous n’avons pas besoin de créer des dissentions. Il faut faire attention aux parties étrangères qui veulent jouer avec ces éléments et intervenir pour créer des problèmes.

Nous sommes contre la normalisation avec Israel, contre l’ingérence étrangère et pour une indépendance économique avec une ouverture sur les pays arabes.

[PôleDéMo] Concernant les minorités, nous adhérons aux conventions internationales pour le respect des minorités, et pour l’égalité entre les citoyens notamment entre les régions. Les libertés sont indivisibles et non négociables.

Concernant le port du voile, toute femme majeure a le droit de faire ce qu’elle veut de son corps et a le droit d’exercer son libre arbitre. Pour le niqab, le problème est que cela empêche d’identifier les gens, on ne peut même pas être sur d’être face à un homme ou une femme.

Encore une fois, nous avons une identité multiple, on ne peut pas réduire l’individu à une identité simple. On est en train de parasiter le débat sur la Tunisie de Demain.

Au Pôle, nous soutenons tous les peuples qui luttent pour leur liberté. La question de la normalisation avec Israel n’a rien à voir avec le débat qui nous intéresse pour la constituante, de quoi parle-t-on ici? Cela dit, nous n’avons pas de relations avec Israel et nous ne tenons pas à en avoir. Personnellement je suis pour le boycott et j’ai longtemps milité pour les droits des palestiniens.

[Afek] Oui aux droits des minorités.

La Tunisie doit être un état souverain.

Nous sommes contre le niqab dans les espaces publics.

[Ennahdha] Les droits des minorités sont à inscrire dans la constitution. Tous les citoyens sont égaux en droits et devoirs.

Concernant l’ingérence, aujourd’hui la Tunisie est citée en exemple partout dans le monde, c’est au contraire une montée en puissance du rayonnement du pays à l’étranger.

A Ennahdha, nous sommes responsables, sages et modestes, et nous cherchons le consensus. Ce qui nous intéresse c’est de valoriser le travail, l’accès à l’emploi, mettre fin à la corruption. Personne n’en parle ici.

Question 11: Au pôle, on parle ici de minorités, mais de quels minorités s’agit-il et combien représentent-elles?

Question 12: Développement durable

[MPUP] Nous sommes pour la réforme du secteur agricole, l’ouverture des dossiers de corruption et une grande réforme économique par l’état.

[Afek] La protection de l’environnement et le développement durable doivent être inscrits dans la constitution.

[Ennahdha] Si vous vous référez à notre programme, nous faisons un lien entre notre projet économique et la protection de l’environnement. Nous sommes pour l’utilisation de sources d’énergie alternatives telles que l’énergie solaire, et pour des transports publics écolo. Il y a des infrastructures à réaliser et ça coûte cher, mais il faut travailler pour trouver des solutions.

[PôleDéMo] Il existe des minorité religieuses, ethniques ou simplement des minorité de pensée. On ne connait pas les chiffres car nous n’étions pas dans une société de transparence. Par exemple en ce qui concerne les minorités de pensée, personne ne s’est soucié de savoir combien de croyants, d’agnostiques, de libres penseurs ou d’athées existent, ces idées n’existaient pas en apparence avant, on commence tout juste à les voir s’exprimer, et il faut protéger leur droit de le faire aussi.

Nous sommes pour le développement durable et l’économie solidaire dans notre projet. Nous voulons également garantir le droit d’accès aux ressources (en particulier à l’eau) et la protection de l’environnement.

– Par Naddo_O –

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.