Le discours qu’aurait dû prononcer le Président de la République

Voici le discours que plusieurs de nos membres auraient aimé entendre ce soir, après les tragiques événements du Bardo d’aujourd’hui.


Tunisiennes, Tunisiens,

Aujourd’hui, la Tunisie est en deuil. Elle a été attaquée en son cœur, au Bardo.

Le Bardo, maison de la République et de la Nation, où siègent les représentants du Peuple souverain.

Le Bardo, symbole de notre Histoire, symbole de notre culture commune, dont le musée est internationalement connu pour ses collections, visité par nos amis venus du monde entier.

Les infâmes ont essayé de saper notre moral en touchant ce qu’il y a de plus cher à nos yeux : nos sœurs, nos frères, nos invités. En votre nom à tous, je commencerai par saluer la mémoire de ceux qui ont péri sous les balles des barbares alors qu’ils venaient découvrir notre civilisation. En votre nom à tous, je veux saluer la mémoire de notre compatriote, qui œuvrait à rendre ces lieux dignes d’accueillir nos visiteurs. En votre nom à tous, je veux saluer la mémoire du fils de la Nation qui s’est sacrifié pour les défendre, pour nous défendre. Je n’oublie pas les blessés, dont certains graves, qui ont été immédiatement pris en charge par nos services hospitaliers. 

J’assure de notre soutien les familles et les proches de toutes les victimes.

Je leur dis que le crime commis ne sera pas impuni et qu’il ne fait qu’affermir notre volonté d’éradiquer ce mal qu’est le terrorisme.

En mémoire des victimes, j’ai décidé de décréter trois jours de deuil national.

Je veux aussi rendre hommage aux forces de l’ordre, qui sont intervenues pour empêcher que le bilan ne soit plus lourd encore. Aux personnels de santé, qui font le maximum pour soigner les blessés.

Leur exemple à tous doit nous éclairer ce soir, alors que l’émotion est vive. Nous leur devons d’agir avec discernement mais avec diligence.

 

La Tunisie a été attaquée. Mais la Tunisie n’est pas finie. Elle n’est pas finie, je peux vous l’assurer.

 

J’entends ceux qui expriment des doutes sur la sécurité de nos concitoyens et de nos visiteurs, sur la transition démocratique, ou encore sur les perspectives économiques de notre pays.

Mais l’heure n’est pas à la récupération politique ou partisane, ni aux discours liberticides, ni à la fuite en avant, encore moins aux coups de sang. L’heure est au recueillement. L’heure est au rassemblement. L’heure est à l’action responsable.

C’est pourquoi je veux vous annoncer mes trois résolutions. Les trois résolutions de l’État tunisien. Les trois résolutions de la Tunisie.

Ma première résolution, c’est une action implacable contre le terrorisme. Ils croient pouvoir nous pousser à la peur ou la déprime. Ils font fausse route. Ils ne font qu’accroître notre volonté. Sous l’autorité du Chef du Gouvernement et du ministre de l’intérieur, les forces de sécurité assureront la sécurité de tous, dans l’ensemble du pays. Le Forum social mondial de Tunis, comme la saison touristique, donneront la preuve de la compétence de nos forces civiles et armées. Dans le cadre des lois et règlements, elles feront régner l’ordre et la tranquillité. L’État veillera à ce que les services de sécurité travaillent de concert. Les Tunisiens ne veulent plus des guerres intestines, des rivalités entre clans. Ils ne veulent plus de l’arbitraire et des traitements indignes.

Et attention !

De même que le terrorisme n’aura jamais sa place en Tunisie, aucun abus sécuritaire ne sera toléré. Sécurité et liberté sont sœurs. Limiter aujourd’hui les droits serait un terrible signal que nos ennemis accueilleraient comme un indice de succès, comme un encouragement à poursuivre leurs méfaits. Plus que jamais, la Tunisie est engagée dans la consolidation de l’État de droit.

Ma deuxième résolution, c’est d’engager plus résolument encore la réforme de nos institutions, de notre État. Les forces de sécurité, la justice – civile comme militaire -, la douane, les services publics doivent être au rendez-vous dès l’été 2015, au garde-à-vous pour servir. Oui, la première valeur de l’Administration, c’est de servir les habitants de la Tunisie et ses hôtes.

L’État ne tolérera plus ces actes inadmissibles qui affectent le quotidien de nos concitoyens : la corruption ordinaire, les blocages sans préavis ou injustifiés, les actes corporatistes, qui font passer les intérêts particuliers avant l’intérêt général. L’État luttera avec acharnement contre les forces réactionnaires qui empêchent la République de reprendre sa place, qui vivent pour se protéger au lieu d’œuvrer pour la patrie.

Je sais pouvoir compter sur les forces vives de la Nation, sur les corps intermédiaires – syndicats, patronats. Ils ont répondu présents à l’Indépendance et lors de la Révolution de 2011. Il s’agit pour eux aujourd’hui de répondre présent par un dialogue responsable, loin de toute surenchère qui entraînerait le pays par le fond.

Ma troisième résolution, c’est de faire que le calendrier de l’action gouvernementale soit plus clair, plus transparent encore.

C’est de donner les moyens au Parlement d’atteindre les objectifs qui lui sont assignés par la Constitution. Je recevrai demain le Président de l’Assemblée des représentants du Peuple pour déterminer les actions à mener en urgence pour permettre le débat sur la loi anti-terroriste et la promulgation d’un texte protecteur sans atteinte aux libertés des citoyens innocents. Pour adopter le statut du Conseil supérieur de la magistrature, celui de la Cour constitutionnelle, et procéder aux nominations qui s’imposent.

J’ai aussi demandé au Chef du Gouvernement de présenter, avant la fin de la semaine, les actions stratégiques et opérationnelles qu’il mènera pour notre pays dans les 50 prochains jours dans les cinq domaines suivants :

  • La sécurisation du territoire et de ses frontières, la lutte contre les atteintes aux personnes et aux biens, et la lutte contre le terrorisme.
  • Le développement économique régional, notamment dans les régions du sud et de l’ouest.
  • La lutte contre la corruption, la contrebande, la fraude fiscale, la fraude douanière et les fraudes à la sécurité sociale.
  • La modernisation de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, pour offrir aux jeunes générations des perspectives, pour leur permettre effectivement de s’insérer professionnellement et de créer de l’activité économique.
  • La réforme du secteur public, en particulier de l’État, de l’organisation territoriale, de la fonction publique et des entreprises publiques.

Je présiderai personnellement les conseils ministériels consacrés à la sécurité et la défense nationales. Je présiderai personnellement le conseil des ministres à chaque fois qu’il faudra rappeler les grandes priorités de la Nation et de l’État et donner l’impulsion nécessaire à l’action.

Avec votre soutien, accordé par les urnes, je prendrai mes responsabilités, notamment à chaque fois que des forces réactionnaires tenteront de faire obstacle à la volonté souveraine du Peuple et de ses représentants.

 

Tunisiennes, Tunisiens,

Aujourd’hui, la Tunisie est en deuil. Ce soir, elle se rassemble autour de ses morts et de ses blessés. Mais dès demain, la Tunisie se dressera. Les Tunisiens, leur État, leurs représentants, leur administration, agiront pour le bien commun.

فلا عاش في تونس من خانها

ولا عاش من ليس من جندها

Non la Tunisie, ce n’est pas fini. La Tunisie, cela ne fait que commencer !

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