Le hold-up du golfe Persique

J’ai accueilli avec stupéfaction deux nouvelles consécutives. La première est celle de la demande du royaume jordanien d’intégrer le conseil de coopération du Golfe (CCG), créé en 1981 et regroupant actuellement six pays du golfe persique, que sont l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar. La Jordanie ne fait géographiquement pas partie de la région du golfe. La deuxième nouvelle concerne également une demande d’adhésion d’un royaume arabe à ce même conseil, il s’agit du Maroc ! Le pays arabe le plus éloigné à l’ouest de la région… Ces demandes marocaine et jordanienne d’adhérer au CCG, officialisent une ligne de fracture entre régimes arabes républicains d’un coté et monarchiques de l’autre et dessinent une nouvelle carte politique de la région.

Mais pourquoi donc ces deux royaumes demandent-ils à adhérer à ce conseil ? Pourquoi maintenant ? La réponse a un nom : le Bahreïn. Ce petit royaume a été secoué par les soubresauts démocratiques immédiatement après les succès des révolutions tunisienne et égyptienne. La contestation était partie sur les chapeaux de roue et tout semblait la destiner à réussir à son tour. Mais la révolte a été matée en deux temps trois mouvements, à la faveur d’un accord d’aide mutuelle entre les pays membres du fameux CCG. Et c’est ainsi qu’Al Jazeera, le fer de lance des révolutions arabes a détourné pudiquement son regard de la rue Bahreïnite, et que des renforts sécuritaires ont fait leur entrée dans le petit archipel, sonnant la fin de la récréation. La Jordanie et le Maroc, qui ont vu également la contestation gagner leurs populations, ne pouvaient que regarder ce scénario d’un œil envieux.

Le Qatar, qui affiche une santé insolente, avec son PIB en augmentation constante (20% prévue pour 2011 !), avec sa chaine satellitaire faiseuse d’opinion, avec ses succès internationaux successifs (organisation des coupes du monde de football 2022 et de handball 2015) fait office du nouveau leader du CCG. Et de plus en plus de tout le monde arabe, dont la ligue arabe ne serait plus qu’une chambre d’enregistrement. Les royautés sont ironiquement en train de prendre le pouvoir dans le monde arabe, dans lequel la stabilité des républiques semble menacée par les révolutions. Et si les révolutions populaires aspirant à la démocratie dans les pays arabes renforçaient in fine les régimes héréditaires, regroupés dans le CCG, ou sous une appellation moins arrogante, telle que feu le CCA (conseil de coopération arabe) de Saddam Husseïn ?

En tuant dans l’œuf le grand Maghreb, l’Algérie et le Maroc prennent la responsabilité de ce qui semble bien être un hold-up des monarchies du Golfe sur les pays de la région. La hantise pour les républicains arabes doit désormais être de voir des marées de pétrodollars inonder certains de nos partis politiques pour gagner des fidèles à une union pilotée par nos frères d’orient. Après les appels à un régime parlementaire, pourquoi pas une monarchie constitutionnelle, après tout ? En voilà une idée qu’elle est bonne… Nous assisterions à une nouvelle invasion Hilalienne, en somme.

– Par Mahdi –

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