Musulman laïque, est-ce possible ?

Source image : Nawaat.org

La révolution tunisienne a été une révolution unie.

C’était le soulèvement d’une nation sans considérations d’âge, de sexe ou de croyances.

Mais nous le savons si bien, nous sommes tous différents.

Disons-le simplement : le lendemain de la révolution, il y avait ceux qui se rangeaient dans la longue file d’attente devant les petits magasins de Celtia et il y avait aussi ceux qui étaient soulagés de pouvoir enfin laisser pousser une barbe. Nous détestons-nous pour autant ? Non et nous sommes si fiers d’être tunisiens.

L’un des complots les le plus anciens et les plus dangereux est de désunir et tuer le sens de la nation. C’est de nous faire croire que nos différences sont insurmontables.

Qu’il se cache parmi nous des islamistes extrémistes ou des traitres « kouffar ». Que nous avons donc besoin d’un dictateur qui emprisonnerait les islamistes ou alors d’un parti politique qui éliminerait les traitres athées pour nous sauver.

La vérité est que nous n’avons besoin ni de l’un ni de l’autre. Nous sommes assez conscients pour savoir protéger notre identité et construire un pays ou tout citoyen est libre sans juger ou forcer l’autre.

Pour que la liberté des uns n’entrave pas celle des autres, parlons de la démocratie. Ou soyons plus précis et parlons de la « laïcité ». Non pas la laïcité française ou turque, mais notre laïcité en tant que tunisiens.

1- Pourquoi ce terme dérange-t-il ?

Le mot « laïcité » dérange.

Premièrement, parce que même si nous ne cernons pas l’histoire et le sens de ce terme, nous pensons vaguement qu’il est « contre » la religion.

Certains ont peur pour cette religion et veulent la protéger. D’autres se sont faits agressés sous le nom de la religion.

Ainsi, argumenter pour ou contre la religion est tabou, comme l’était autrefois la dictature.

Deuxièmement, ce mot est importé de l’occident chrétien.

Il est vrai qu’il était né par opposition au mot « clérical », pour interdire aux « hommes d’église » de régir l’état au nom de la religion.

Alors, nous évitons ce terme pour protéger notre identité, d’autant plus que nous n’avons pas d’église pour la séparer de l’état.

Notons tout de même que c’est un principe repris et adapté par la Turquie, un pays laïc à majorité musulmane.

Mais alors, pourrait-on se demander, comment un turc musulman peut-il être laïc ? Quelque chose nous échappe.

2- Quel sens donner à une « Tunisie laïque » ?

C’est une Tunisie qui ne donnerait pas à un politicien le droit de diriger le pays au nom de la volonté de Dieu. La religion ferait partie de la vie privée.

Ainsi, d’un côté, les lois ne sont pas une interprétation des textes religieux, afin de garantir l’égalité entre tous les citoyens quelles que soient leurs croyances.

Et de l’autre côté, les lois ne peuvent pas interdire à un croyant de pratiquer sa religion.

Le port de voile à titre d’exemple ne peut pas être interdit dans une Tunisie laïque.

Une Tunisie laïque resterait évidemment de culture musulmane. La laïcité n’a pas à supprimer par exemple l’éducation islamique des programmes scolaires puisque c’est une partie de la culture.

3- Quel sens donner à un « islam laïc » ?

Un islam laïc est un islam qui ne s’identifie pas à un pays.

Il ne cherche pas à reconstruire un pays en rassemblant exclusivement des musulmans et en excluant les autres.

Aussi, un islam laïc ne force pas les citoyens d’un pays à afficher les signes de leur appartenance à l’islam s’ils ne le souhaitent pas.

Par exemple, il n’utiliserait pas les lois d’un pays pour forcer ses femmes à porter le voile si elles ne le souhaitent pas.

4- Que peut attendre la Tunisie, pays musulman, de la laïcité ?

Aujourd’hui, le défi en Tunisie n’est pas de protéger l’islam du risque d’autres religions. En effet, la grande majorité en Tunisie se dit musulmane et tous les tunisiens partagent une culture et une histoire musulmane.

Je vois trois vrais défis à ce sujet :

– Eviter les extrêmes, celles qui forçaient les tunisiennes à enlever le voile et celles qui forcent les iraniennes à se voiler.

– Protéger les minorités, qu’elles soient juives, athées ou chrétiennes. Protéger ici veut dire assurer par la loi leur dignité et leur stricte égalité avec tous les autres.

– Empêcher la politique d’utiliser la religion comme instrument pour réaliser ses propres intérêts de pouvoir et pour échapper aux lois et critiques sous prétexte de représenter la volonté de Dieu.

Pour réaliser ces défis, il faudrait des pouvoirs politiques objectifs et solides, adaptés au contexte tunisien et faisant de la pratique religieuse une liberté individuelle respectée et non pas une obligation légale ou un instrument politique.

En Tunisie, l’histoire, le drapeau, l’hymne national et maintenant la révolution nous unissent. Le reste est de l’ordre de la liberté personnelle et ne doit pas nous séparer, nous tunisiens.

– Par Selim –

 

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