No taxation without representation‏

La question des impôts en Tunisie, plus encore peut-être qu’un peu partout dans le monde, est généralement reléguée – à tort – dans le rayon des détails techniques, des questions secondaires, face aux grand sujets de sociétés et questions idéologiques. Bien au contraire, la question fiscale est tout sauf une question technique, tout sauf un détail. Il s’agit de la toute première des questions posées par la vie en communauté. Le principe originel des impôts est qu’un ensemble d’individus décident, en connaissance de cause, de mettre en commun une partie de leurs revenus pour le bien commun. Des hôpitaux pour se soigner, des écoles pour éduquer ses enfants, des forces de l’ordre pour sa sécurité, des routes, des aéroports, etc. tout ce que chacun de nous ne peut s’offrir, il participe à l’édifier à travers un pot commun : les impôts. Dans la majorité des bouleversements politiques majeurs, il a été question d’impôts. La fin du royaume de Tunisie devient inexorable lorsque le gouvernement bourguibien fraichement constitué met fin aux privilèges fiscaux des Beys. En remontant plus loin dans l’Histoire, c’est en se prononçant contre les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé que les révolutionnaires français ont mis fin à l’Ancien Régime. Et c’est en scandant le slogan No taxation without representation que les habitants des colonies américaines se sont élevés contre le royaume britannique.

La manière de lever les impôts, les quantités prélevées et l’usage qui en est fait, voila ce qui résume d’une manière bien plus éloquente un programme politique. Car en observant de près une politique fiscale, on peut comprendre, par le jeu des incitations et des freins, un modèle de société est implicitement esquissé. Il suffit par exemple de regarder les différentes tranches d’imposition des revenus (qui n’est qu’une petite partie des impôts prélevées) pour comprendre l’orientation générale de la politique économique suivie. Par exemple, une imposition universelle à 15% de tous les contribuables, quel que soit leur revenu est une politique ultralibérale. Une imposition à 100% à partir de 5000 DT par mois par exemple est une politique d’extrême gauche. Un impôt progressif qui taxe fortement les hauts revenus est une proposition de centre gauche, etc. En allant plus loin dans l’analyse, dans une société comme la nôtre où, dans les couples, l’homme est encore généralement mieux payé que sa femme, une imposition fondée sur les revenus du couple et non sur celui de chaque individu, encouragerait la constitution de couples inégaux (qui seraient moins taxés que ceux ayant des revenus comparables). Ainsi, en encourageant les gens de se mettre en couple par des avantages fiscaux, on encouragerait les inégalités au sein du couple !

Le désintéressement de la question fiscale est l’un des symptômes les plus parlants du désintérêt des tunisiens de la chose publique, de notre désengagement à tous des affaires de la Nation. L’imposition est devenue seulement un mal auquel on ne peut réchapper et ceux qui le peuvent, notamment les entrepreneurs, font preuve de trésors d’ingéniosité pour ne pas s’en priver. Pourtant, l’imposition à la source telle qu’elle est pratiquée en Tunisie est le meilleur des systèmes de prélèvement, car le plus simple. Des pays comme la France s’échinent à essayer de le mettre de en place, en vain car très difficile à mettre en place. Mais ce système, le meilleur, a produit chez nous des effets pervers, dont celui pour le contribuable de ne plus considérer les montants déboursés en impôts comme faisant partie de ses propres revenus. Alors que pour rétablir le lien entre le contribuable et son gouvernement qui le taxe, il faut qu’il soit conscient de sa contribution à la collectivité et de préférence qu’il consente à le faire de bon cœur. Il faut de toute urgence rétablir ce lien entre nous et l’impôt, le remettre au centre de nos débats, questionner les différents partis sur ce qu’ils comptent faire de notre argent, combien vont-ils nous en prendre, et qu’en feront-ils. Il en va de notre citoyenneté.

– Par Selim –

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