Sondages d’opinion : arme à double tranchant

Indispensables pour comprendre le paysage politique

Le lendemain de la fuite de Ben Ali, la scène politique tunisienne a connu une métamorphose extrêmement rapide. Le retour d’hommes politiques exilés, la réorganisation de partis politiques déjà existants et la création d’un nombre très importants de nouveaux partis politiques a contribué à cette nouvelle pluralité politique (37 partis politiques en deux mois)

Pour mieux saisir ce nouveau paysage difficilement lisible, le citoyen tunisien, les journalistes, la société civile ou encore les partis politiques se sont rapidement retournés vers les sondages d’opinion espérant y voir une appréciation objective du contexte politique.

Sigma ConseilInternational Republican Institut, l’Institut de Sondage et de Traitement de l’Information Statistique et bien d’autres ont répondu à ce besoin. Et au-delà de ces sondages « classiques » d’autres approches ont été développées. Certaines se basant sur les  applications mobiles, d’autres sur le web pour mesurer la proximité de l’utilisateur aux partis politiques comme par exemple IkhtiarTounes ou encore Tunivote.

Moyen puissant pour construire une stratégie politique

L’enjeu de ces sondages d’opinions est bien évidemment plus grand que la simple compréhension du paysage politique.  Ils représentent aussi un formidable moyen pour construire une stratégie politique en vue des élections de l’assemblée constituante.

Adapter le discours du parti pour le rapprocher des attentes d’une classe socioprofessionnelle particulière, construire des alliances politiques ou même décider de l’affectation des candidats principaux à des circonscriptions particulières, autant de choix qui peuvent être construits ou a minima revus en fonction des indications des sondages politiques.

Outil qui repose sur des fondements théoriques

L’intérêt de ces informations (sondages politiques, applications de vote en ligne ou « d’affinité partisane ») attire bien évidemment les convoitises.  Le dernier sondage d’Emrhod Consultingqui classe l’Union Patriotique Libre comme force politique principale a, à ce titre, suscité beaucoup de réactions quant à la véracité des résultats.

Pour assurer l’objectivité de ces informations, les sondages d’opinions reposent sur deux disciplines scientifiques. Les statistiques tout d’abord et celle de la théorie des choix collectifs ensuite. A ce titre d’ailleurs, les premières critiques n’ont pas tardé. Et ce aussi bien concernant la première discipline : statistique que la seconde.

Les dérives

En l’absence d’une réglementation claire et objective pour ces activités, le risque de dérives est important. Sur la base des résultats de ces sondages, certaines personnalités politiques prennent déjà position par rapport aux futurs résultats des prochaines élections (Soumaya Ghannouchi par exemple). Sans oublier bien sûr, la crainte majeure, celle de l’influence des votes par le sondage.

Les sondages d’opinions sont indispensables pour comprendre le paysage politique tunisien et constituent un moyen puissant pour construire une stratégie politique. C’est néanmoins un outil qui repose sur des fondements théoriques. Ne pas les prendre en compte ouvre la porte à toutes les dérives. Les sondages d’opinions sont donc une arme à double tranchant. Chercher à limiter leur impact en les interdisant pendant la campagne dans un premier temps et clarifier les règles du jeu ensuite est une démarche indispensable pour notre démocratie naissante.

– Par saf403 –

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